Antoine-Jean Gros s’est lancé dans la Seine pour s’élancer dans l’éternité.

Peintre de renom, élève de David, il avait travaillé pour l’empire et va peindre des tableaux de grand format de Napoléon qui sont de nos jours au Louvre comme « Napoléon visitant les pestiférés de Jaffa, 1804 » ou « La bataille d’Aboukir, 1798 ». Il va travailler pour les rois pendant la restauration avec une vie artistique pleine de succès malgré les changements de gouvernement, mais son style néoclassique va être dénigré à l’aune de la nouvelle vague de la peinture romantique. Il essaye de suivre sa voie avec de nouveaux tableaux au thème mythologique qui ne seront pas reconnus par la critique lors des salons. En se sentant délaissé par ses élèves et oublié de tous, il décide de se suicider en se jetant dans la Seine.

Gros s’élançant dans l’éternité, par Bordier du Bignon


Sa mort va susciter une grande émotion dans le milieu artistique, et va mettre en évidence la façon dans laquelle un peintre peut devenir oublié au gré des caprices de l’air du temps. Inspiré par le décès de son ami, le peintre Bordier du Bignon, reprenant la structure d’un tableau peint par le maitre Gros dans le sommet de sa carrière – qui nous semble maintenant presque prémonitoire – dont il reprend la composition au thème mythologique, mais en représentant le peintre se jetant dans la Seine poussé dans le vide par une chimère qui représente et met en évidence la cruauté dans le monde de l’art.

Sapho à Leucate, par Antoine-Jean Gros (1801)
qui représente la poétesse grecque dans l’ile de Lesbos, connue pour ses écrits par rapport à l’homosexualité féminine.

Le prix de l’amour 🖤


Le conte de La Valette, fidèle à Napoléon a été condamné à mort après la défaite de Waterloo et enfermé à la prison de la conciergerie. Sa femme, Émilie de La Valette, la veille de son exécution, ira lui rendre visite et pour le sauver, va échanger ses vêtements avec lui. Il partira habillé en femme, accompagné par sa fille et un domestique, le visage couvert par un mouchoir en faisant semblant de pleurer. Quand les geôliers se rendront compte de l’échange il était déjà parti et c’est sa femme qui va payer avec les plus durs traitements qui vont finir par la rendre folle.
Son mari en exil lui sera infidèle, ce qui, une fois sortie de prison, va la rendre encore plus folle. Elle finira ses jours dans un hôpital psychiatrique.

Une jolie histoire d’amour pour vous souhaitez une bonne Saint-Valentin.

La Seine vue par un artiste fou : Georges Focus (1644-1708)

L’école nationale supérieure des beaux-arts est un centre culturel et artistique majeur dans un cadre incomparable. Du 13 octobre au 6 janvier, elle accueille l’exposition de l’artiste Georges Focus (1644-1708) dans sa galerie dédiée aux expositions donnant sur le quai Malaquais.

 

 

Cette exposition est un incontournable aux amateurs de l’art méconnu des artistes marqués par un destin tragique.
George Focus, comme si une malédiction terrible avait pesée sur lui, a connu tantôt la reconnaissance pour faire parti des grandes de son temps comme membre de l’académie royale de peinture et sculpture, tantôt l’isolement total par suite d’une maladie mentale qui l’expédiera dans un asile pour aliénés où il mourra oublié de tous.

 

Georges Focus dans sa chambre de Petites Maisons

 

On sait peu de choses de son enfance, différentes sources indiquent qu’il serait né à Châteaudun sans qu’il nous reste de trace dans les archives municipales. Sa date de naissance exacte est donc incertaine, mais située dans les alentours de 1644.

La meilleure source pour connaitre sa vie sont ses propres dessins, montrés dans cette exposition, très souvent autobiographiques sur lequel il se représente personnellement de façon assez facile à reconnaitre avec une auréole autour de la tête, comme s’il s’agissait d’un martyr.

 

 

Il va venir vivre à Paris à un jeune âge et cette période de sa vie va être marquée par différents évènements plus ou moins dramatiques qu’il va représenter dans ses dessins, comme la fois où il va avoir un accident avec un carrosse au Pont-Neuf.

 

Georges Focus s’est dessiné en train de nager dans la Seine

 

Ses dessins sont très souvent accompagnés d’un phylactère et de commentaires dont le texte nous révèle parfois l’étendue de sa vaste culture, avec une écriture très serrée et remplie d’idées obsessives.

Voici celui relatif au dessin de son accident au pont-neuf :

Accident évité aux abords du Pont-Neuf
Alors qu’on boit par trop de vin en son enfance
L’oncourt risque de se trouver dessous les pieds de la chevance
Pour en avoir trop pris dedans la cave de la frangée
Le bon petit Jésus pense être écrase de cette carrossée
Courant a toute Bride, lâchée à titre d’haleine,
De dessus le col des chevaux, mais la blonde samaritaine
En L’air, par le commandement du temps
Fit arrêter le carrosse en promettant de donner de son eau a cet ivrogne enfant,
Ce qui, par un coup du ciel, fut fait pour son salut
Le timon sur le côté le jetant, la vie sauvée il eut

 

Accident de Georges Focus lorsqu’il était enfant dans les abords du Pot-neuf

 

 

Dans un angle, détail d’un rat avec un rabot

 

Il habite toujours proche de la Seine au quai de la mégisserie, rue de la monnaie, puis dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre (aujourd’hui disparue), donc les bords de Seine vont être très présent dans ses dessins et il nous les découvre dans les moindres détails. On peut voir des paysages de la Seine et ses ponts avec des représentations de vendeurs ambulants, des porteurs d’eau et de spectacles de rue comme ils étaient autrefois.

 

 

Des idées obsessives vont se répéter dans ses dessins, par exemple un fait divers qui l’avait marqué durant son enfance. Un loup avait semé la panique dans la banlieue proche de Paris dans la forêt de Milly où il aura mangé cent quatre personnes avant d’être abattu en 1653. Il va donc ajouter des loups de façon régulière dans ses dessins avec différentes attitudes, des plus agressives aux plus maternelles.

 

 

 

On trouvera également de façon obsessive de petits oiseaux avec une auréole, parfois nombreux, parfois un seul, dans presque la totalité de ses dessins exposés.

 

D’autres éléments se répètent très souvent comme la faux ou le sablier.

 

 

Il montre également une folie des grandeurs, car il va s’identifier de façon récurrente avec le roi, le pape et même le christ, cela pour exprimer ses sentiments, sa haine ou ses idées.

 

Autoportrait de Focus en Jésus-Christ

 

Détournement du tableau de Joseph Werner (1637-1710), Lous XIV en Apollon

 

Formé par Louis Ferdinand Elle, puis par Israël Silvestre, le peintre va connaitre des années de grande réussite professionnelle, par exemple il voyagera à Rome entre 1666 et 1669. En 1675 il présente un marceau de réception (aujourd’hui disparu) à l’académie royale de peinture et sculpture. Il y fut reçu comme peintre de paysages. Il obtient des commandes et produit des dessins et estampes.

Il aime peindre des scènes mythologiques qui montrent une grande culture et aussi des scènes de théâtre. Il est donc très possible qu’il ait été souvent présent dans de grandes représentations de son temps.

 

L’accouchement de Cybèle

 

En 1683, son nom apparait pour la dernière fois dans la liste de membres de l’académie, avant la mention de sa mort en 1708. Il a certainement été interné dans l’hôpital des petites maisons. Cet hôpital de nos jours disparu était situé à l’emplacement de l’actuel square Boucicaut à Paris. Depuis 1557, cette maison d’aliénés accueillait des fous considérés incurables certifiés par attestation médicale. Le montant de la pension pour résider était élevé, donc seuls les malades aisés ou bénéficiant d’une protection pouvaient y résider. Malheureusement, concernant la période dans laquelle Focus aurait résidé aux petites maisons, aucun document ne nous est parvenu.

 

Dans un acte où les membres de l’académie étaient enregistrés lors de sa mort, une simple note en pied de page nous indique la date de son décès.

 

 

Cet artiste est un des rares exemples de l’art des aliénées au XVIIème siècle. Son imagination, ses obsessions et son sens du détail hors pair méritent de l’admiration et de la reconnaissance que le temps et l’oubli lui ont enlevées.

 

 

Cette exposition sera accompagnée par une performance/improvisations de Philippe Burin des Roziers (voix) et Clara Mühlethaler (violon baroque) à partir des phylactères figurant dans quelques dessins de la collection de Paris les 25 novembre 2018, 9 décembre 2018 et 4 janvier 2019.
Encore une raison de plus pour venir profiter de cette exposition.

https://www.facebook.com/events/491551138030066/

 

 

Source : école nationale supérieure des beaux-arts 

Les sources de la Seine

C’est au fond d’un petit vallon marécageux avec en son milieu une rigole au faible débit et un parc aménagé par l’homme que la Seine prend sa source.
Ce sont ces sources – car en réalité, il n’y a pas une, mais sept sources – qui vont donner son origine au fleuve.
Au fond, une grotte artificielle avec une nymphe a été aménagée au XIXe. Dans cette grotte se trouve la source que l’on a considérée comme la principale.

 

 

D’un point de vue géographique

 

Un des plus grands fleuves de France prend ses sources dans une des plus petites communes, la commune de Source-Seine. Selon les livres de géographie des écoles, la Seine prend ses sources sur le plateau de Langres à 471 mètres. Cela est une façon simplifiée de le dire, car plus précisément, les sources de la Seine sont plutôt à la frontière entre celui-ci avec la montagne dijonnaise au sud et surtout l’Auxois au nord-ouest. Elles sont donc dans le département de la cote d’or, entre la Bourgogne et la Franche-Comté.

Le village de Source Seine est né en 2009 de la fusion des communes de Saint-Germain-Source-Seine et de Blessey. Il comptait 61 habitants en 2015.

Par rapport à son altitude, elle est référencée par l’Institut Géographique National (IGN). Le nivellement général de la France est un ensemble de repères d’altitude disséminé sur le territoire.
Le site possède une balise de nivellement général (réf. Z.C.R3-7) indiquant 446m. Cette balise est un exemple des toutes premières balises posées en France par Paul-Adrien Bourdalouë. Le zéro Bourdaloue a été utilisé de 1857 à 1864 et son niveau zéro le niveau moyen de la Méditerranée, le trait de 0,40 m de l’échelle de marée du fort Saint-Jean à Marseille.

 

 

La balise est fixée sur le côté droit de la grotte artificielle à environ un mètre du sol.

Nous parlons de sources de la Seine au pluriel, car en réalité, il y a 7 sources, comme le montre le schéma ci-dessous.

 

 

À noter que c’est ici que se trouve le premier pont enjambant la Seine. Il est nommé pont Paul Lamarche (1902-2003). Construit dans les années 1970 par M. Cardinet, ingénieur de la Ville de Paris, il prend le nom de Paul Lamarche en 2002 lors du centenaire de cet homme qui fut le fidèle gardien des sources pendant plus de 50 ans.

 

 

D’un point de vue historique

Le site des sources de la seine est réputé pour son intérêt archéologique. De 1836 à 1967, quatre campagnes de fouille ont été menées afin de dégager les fondations d’un grand sanctuaire gallo-romain actif du Ier siècle av. J.-C. au 4e siècle apr. J.-C..

 

L’ancien site archéologique…

…Est de nos jours protégé par de la végétation et inaccessible.

 

 

Plus de 1500 offrandes (ou ex-voto) ont été mises au jour en différents matériaux (pierre, bronze et bois) révélant que le lieu était un sanctuaire des eaux majeur de l’empire romain dédié à la déesse Sequana. Les pèlerins venaient demander la guérison de leurs maux ou faire des remerciements en offrants des ex-voto.

 

Ex-voto de personnes atteintes de cécité

 

Par ailleurs, on a trouvé les restes de deux bassins qui devaient servir à des ablutions.

Environs 300 pièces de bois sculptées, vieilles de 200 ans, ont été conservées grâce à l’humidité du site

 

Sequana

 

La déité vénérée, personnification féminine du fleuve, est une déesse dont on sait très peu de choses. Depuis le culte gaulois, elle a été vénérée après jusqu’au 4e siècle ; époque dont on suppose la destruction du temple.

Statuette exposée au musée archéologique de Dijon, trouvée dans le trésor du temple Gallo-Romain

 

Le manque de documents écrit fait que l’unique piste qui a subsisté de son existence sont des statues découvertes dans les restes du temple aux abords de la source et d’autres éléments gravés avec les mots « DEA SEQUANA ».

 

Reconstitution que l’on trouve sur place d’après des restes très endommagés trouvés lors des fouilles

 

 

L’importance politique du lieu

 

A l’époque où les premières recherches archéologiques ont été faites, la France avait connue un passé assez mouvementé entre monarchie et république. A l’époque de Napoléon III, on voulait mépriser la monarchie et mettre en avant des origines plus anciennes.

 

 

C’est une des raisons pour laquelle la ville de Paris, avec le Baron Haussmann, va acheter le terrain en 1864 pour créer un parc paysager et mettre en valeur le lieu et justifier des valeurs républicaines.
Mais aussi, la ville de Paris s’intéressa à la source de la Seine car ce fleuve était encore d’une grande importance économique. Historiquement, cela reste le fleuve nourricier de la capitale.

C’est ainsi que ce paysage naturel, ancien lieu de pâturage, et devenu un parc aménagé par la main de l’homme pour mettre en valeur la source et l’histoire qu’elle abrite avec son sanctuaire Gallo-Romain.

Après l’achat du terrain par la ville de Paris, on a ordonné la construction d’une grotte artificielle sur la source que l’on considère comme principale. Sa réalisation sera confiée à trois architectes en vogue qui sont Gabriel Davioud, Victor Baltard et Combaz. Elle abritait au début une statue d’une nymphe fluviale, œuvre du sculpteur dijonnais François Jouffroy. Très endommagée, elle a été remplacée en 1934 par une copie réalisée par Paul Auban.

 

 

 

Bien que non visitables, les vestiges gallo-romains ont été classés au titre des monuments historiques le 7 septembre 1945.

 

N’hésitez pas à aller visiter le site, en effet, l’ensemble du site des sources de la Seine est inscrit au titre des monuments historiques depuis août 2016 et mérite bien un petit détour !

 

 

Sources :

  • Association Source-Seine : http://www.source-seine.fr/
  • Musée archéologique de Dijon

Le « Détournement » : La Seine mise en scène

Le splendide palais des rois de France sur l’ile de la Cité nous surprend aujourd’hui avec une exposition originale qui met en scène les eaux de la Seine, l’exposition : Détournement.

Au VIe siècle, le rois Clovis va s’installer sur l’ile de la Cité pour profiter de ce lieu privilégié, encerclé des eaux du fleuve protecteur et nourricier. Sa démure royale sera aussi choisie par le tout premier roi de la dynastie capétienne, Hugues Capet, qui va y établir son conseil et son administration : le palais devient le siège du pouvoir royal.

Le palais nous réserve des trésors du style gothique tel que la Sainte Chapelle du roi Saint Louis, exemple inégalable d’architecture religieuse, mais aussi la salle des Gens d’Armes construite sous Philippe le Bel qui est un exemple unique d’architecture civile.

 

 

C’est dans cette dernière salle que l’artiste Stéphane Thidet a créé un méandre éphémère et artificiel de la Seine pour l’exposition « Détournement » jusqu’au 31 août 2018.
Le bâtiment délaissé par les rois de France depuis la fin du XIVe siècle est gardé par un « concierge » doté des pouvoirs de justice pour administrer le palais et la prison. L’activité judiciaire s’y développe et plus de prisons y sont aménagées. Au temps de la révolution française, le tribunal révolutionnaire va s’y installer.

De nos jours, la conciergerie fait partie d’un ensemble avec le palais de justice, la sainte chapelle et un musée du centre des monuments nationaux qui nous apprend l’histoire du lieu, depuis son époque du somptueux palais en passant par ses fonctions de prison royal, puis révolutionnaire.
Le musée, en plus de l’intérêt culturel du lieu, organise des expositions temporaires, des spectacles, des jeux, des lectures, etc.
Ses actualités peuvent être suivies sur leur page web ou sur les media internet.

http://www.paris-conciergerie.fr/

Pour l’exposition « Détournement » l’artiste s’est inspiré, entre autres choses, d’un fait historique : la Seine s’est déjà invitée dans la salle des Gens d’Armes tel que l’indique une marque sur une colonne lors de la crue de janvier 1910.

 

 

L’artiste s’inspire souvent des éléments et de la force de la nature qu’il arrive à marier avec des bâtiments et des structures fixes avec une originalité remarquable.
Pour suivre le travail de l’artiste :
http://www.stephanethidet.com/

 

On découvre une eau de la Seine limpide, qui dessine dans les structures métalliques qui la canalise, des traits de terre. C’est une eau qui se présente devant nous incolore et inodore dû au faible débit. Cela peut nous surprendre par rapport à la façon dont on la voit d’habitude avec sa caractéristique couleur verdâtre et ses arômes de vase.

 

 

Grâce à la structure en bois inspirée des montagnes russes, l’eau crée un flux en serpentin qui habille la salle, et projette ainsi des reflets de lumière sur la pierre nue grâce à l’éclairage. Un relaxant bruit d’eau courante se fait entendre, ce qui apaise et hypnotise le regard grâce à son entrée triomphale dans la salle par une cascade artificielle.

 

 

Venez profiter de cette exposition temporaire, et du musée, dans ce début d’été 2018, l’exposition se déroulant jusqu’à la fin du mois d’août. Tout un programme d’activités annexes est prévu dans le cadre de cette exposition.

 

 

La Seine sous l’œil d’un esprit torturé : Charles Meryon

 

Charles Meryon par Felix Bracquemond

De nos jours, cet incroyable artiste est devenu un inconnu du grand publique ; il est pour autant le dessinateur à avoir le mieux représenté le Paris de son époque, le Paris du milieu du XIX siècle ; avant les travaux de restauration du Baron Hausman.

La morgue au quai du marché neuf – 1854

Charles Meryon est né à Paris en 1821. Il était le fils d’un médecin anglais, le Docteur Charles-Lewis Meryon et d’une danseuse espagnole, Mlle Pierre-Narcisse Chaspoux du corps de ballet de l’opéra. Il va être abandonné par son père et va passer la plupart de son enfance dans des pensions. Lors d’un séjour à Marseille, il va développer un gout pour la Marine et finira par être admis à l’école navale de Brest. Quand il aura 16 ans, sa mère meurt à cause de troubles mentaux. Il commence à voyager dans le monde grâce à son métier de marin, ce qui l’amènera à visiter des pays lointains comme la Nouvelle-Zélande. C’est pendant ces voyages qu’il va développer son gout pour le dessin.

Papou de l’Australie orientale, dit l’Anthropophage

Définitivement installé à Paris, l’artiste a alors 26 ans. Il va démissionner de la marine pour essayer de devenir artiste. Il se rend compte qu’il est atteint de daltonisme, ce qui l’empêche de devenir peintre et il va se tourner vers le dessin et les gravures a l’eau forte, un art qu’il va pratiquer jusqu’à la fin de ses jours.

L’un des rares exemples d’un de ses dessins aux pastels

Il va développer sa technique d’eau forte auprès de son maitre Eugene Blery. Ses gravures se révèlent d’un réalisme et d’une captation sensible de la réalité, avec des trais intelligents et raffinés. Meyron trouve immédiatement son métier.
Il va être inspire par des travaux d’autres aquafortistes, comme par exemple celle du dit Zeeman, essentiellement d’une vue du Louvre qu’il va copier et qui lui fera finalement entreprendre une suite des vues de Paris.

Vue du Louvre d’après un dessin de Reiner NOOMS, dit ZEEMAN (1623-1664)

A partir de 1850, il entreprend le projet de réaliser une série d’eaux fortes sur Paris, qui fondera à jamais sa gloire. Il avait réussi à installer une presse dans son appartement grâce à une autorisation ministérielle, car a l’époque on se méfiait des imprimeries clandestines.
Ces premières 22 eaux fortes ont été moyennement acceptés par le public et était vendues à un prix bas, par exemple la planche à l’unité se vendait pour moins de 2 francs.

Insatiable vampire, l’éternelle luxure, sur la grande cité convoite sa pâture

Mais quelques bohèmes comme Charles Baudelaire vont commencer à s’intéresser à son art. Il avait été tellement impressionné par le travail de Meryon qu’avait envoyé une de ses eaux fortes à Victor Hugo. Il va répondre au poète dans une lettre « Puisque vous connaissez M. Meryon, dites-lui que ses splendides eaux fortes m’ont ébloui sans la couleur, rien qu’avec l’ombre et la lumière …ce qu’il a fait est superbe ; ses planches vivent, rayonnent et pensent ».

L’abside de Notre-Dame – 1853

De nature mental instable il était décrit par son docteur comme « un homme de tempérament assez bilieux et nerveux, il évitait les plaisirs et les camarades, aimant la solitude et le travail. Nature maladive et triste, il était sobre, mangeait peu, buvait encore moins paraissant toujours inquiet et en proie à une suggestion quelconque ».

Portraits de Meryon qui montrent sa dégradation au fil du temps

Il avait un concept idéalisé de l’art dans ses formes le plus parfaites, c’est pour ça qu’il n’aimait pas les éloges. Il n’aimait pas non plus parler de l’eau, pourtant souvent représente dans ses gravures. Il disait que le voisinage de l’eau avait quelque chose de sinistre et de dangereux et quand on lui parlait de l’eau, sa figure prenait un air triste et lugubre.

Le petit pont – 1850

Déjà perturbé, Meryon sombre dans la folie, et fini par être interné de plus en plus fréquemment à l’asile de Charenton, sans pourtant s’arrêter de graver. Il sera interné jusqu’à sa mort. Le 15 février 1868, accompagné par un petit groupe d’amis fidèles, il fût conduit à sa dernière demeure, qui était très modeste ; il avait 46 ans.

Tombe de C. Meryon au cimetière de Charenton Saint Maurice

Son œuvre avait développé un style très particulier. Ses paysages, d’un réalisme et d’une richesse de détails remarquables, sont mélangés, grâce l’imagination de l’artiste et sa touche par la folie, à des détails inquiétants… des vols d’oiseaux sinistres et des monstres que semblent être nés des plus horribles cauchemars, comme autant d’autres symboles qui défient la raison.
Ses fantaisies n’étaient pas en accord au gout de l’époque et ils vont être souvent éliminés et écartés de son œuvre.

Le Ministère de la Marine, 1865

 

Les différentes états du pont au change – 1854 (cliquez sur l’image pour agrandir)



 

L’ancienne entrée du palais de justice – 1854

Source : Gallica

Notre-Dame de Cœur

Notre-Dame colorée comme elle le fût peut-être jadis.

 

Aujourd’hui on fête le fait qu’il y a 100 ans jour pour jour on avait fermé une horrible page de l’histoire. La première guerre mondiale avait laissé derrière elle le sinistre chiffre d’environ 18,6 millions de morts et d’innombrables personnes avec des séquelles, aussi bien physique que dans leur âme.

Pour garder le souvenir d’une telle date et faire réfléchir les esprits, un merveilleux spectacle de lumière et son était projeté sur la façade de Notre-Dame. Celui-ci avait un but clairement non lucratif car l’entrée était gratuite.

Les créateurs de l’initiative était l’association Lux Fiat, en lien avec le conseil pontifical, et Monseigneur Chauvet, Recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Leur message ne pouvait pas être plus noble :

« Il s’agit d’un hommage populaire aux milliers de soldats alliés qui ont combattu et donné leur vie pour la liberté. La Cathédrale Notre-Dame porte, pour le peuple de Paris et pour le monde entier, un message universel de paix et de fraternité » source : www.damedecoeur.paris

Voici la vidéo de présentation :

 

Avec la collaboration d’un auteur et metteur en scène d’exception : Bruno Sellier.
Il a été Inspiré par l’amour voué à un tel chef d’œuvre et la reconnaissance pour cette notion vivante d’histoire et de beauté. Il a réussi clairement le défi d’impressionner les spectateurs durant environ 20 minutes avec cette technique éphémère, comme un instant à garder précieusement dans les souvenirs de toutes les personnes présentes.

Bruno Sellier est un metteur en scène renommé avec une large expérience que touche plusieurs domaines : théâtral, historique, technologique, etc. Un spectacle que l’on peut citer dans ce style « à faire parler les pierres » est la nuit aux invalides. Mais pour suivre son travail je vous invite à regarder sa page web.

Votre inconnue de la seine se trouvait là et j’avais fermé les réservations du 8 au 11 novembre pour laisser place à une telle occasion. A quelques mètres du fleuve, la cathédrale s’impose en beauté sous le ciel nocturne. Je n’ai pas voulu faire de photos pour bien profiter de l’événement mais je vous ai trouvé sur Facebook une vidéo intégrale du spectacle faite par un artiste : AG. Photographe.

 

 

La mort de Léopoldine Hugo

Aujourd’hui est un triste anniversaire : celui d’une mort tragique arrivée aussi un lundi 4 septembre, en 1843 et la Seine fût le cadre de ce fatal événement.

Léopoldine était la fille ainée du célèbre Victor Hugo. Elle portait le nom de son frère Léopold, le premier enfant de Victor Hugo, mort à 5 mois.
Elle était depuis toute petite l’enfant chérie de son père qu’il surnommait « Didine ». Elle était vive d’esprit, intelligente, curieuse et adorait passer du temps avec son père. Léopoldine avait grandi en côtoyant les grands artistes et penseurs de son époque qui se retrouvait dans la maison familiale de la place des Vosges. On peut citer entre autres Théophile Gautier, Lamartine, Georges Sand ou Balzac.

La petite fille grandie et se transforme en une jeune fille cultivée qui aimait la poésie, la musique, dans laquelle Victor Hugo voyait comme un reflet de son propre géni. Il l’aimait et la protégeait, parfois même un peu trop. C’était lors de l’été de ses 14 ans, quelle rencontre lors d’une visite de courtoisie, Charles Vacquerie, le fils d’un armateur du Havre. Les deux jeunes s’éprennent l’un de l’autre par d’un amour passionnel, qui amènera Léopoldine à se confronter à son Père qui ne voyait pas d’un bon cette liaison car il trouvait l’homme plus âgé et bien falot pour sa fille. Ils voulaient se marier dès leur rencontre, mais plusieurs complications retarderont ce moment qui n’aura lieu que 5 ans après, le 15 février 1843 à l’église Saint-Paul-Saint-Louis dans la plus stricte intimité.
Son père déçu que sa fille lui soit arrachée lui enverra une lettre assez culpabilisante à l’hôtel où elle a passé sa nuit de noce « … à mon enfant chéri, d’une famille à l’autre, emporte le bonheur et laisse nous l’ennui. Ici on te retient, là-bas on te désire… ».

Elle s’installe chez son mari à Villequier (Seine maritime) dans une maison bourgeoise en bord de la Seine et quitte sa maison familiale à 19 ans, ses frères, sa mère et surtout son père. Mais pas sans regret, car elle passe des heures à écrire des lettres interminables pour combattre l’ennui de sa nouvelle vie.
La tragédie s’invite chez les jeunes époux seulement 6 mois après leur mariage. Le lundi 4 septembre au matin, Charles Vacquerie souhaite se rendre chez son notaire. Il va faire le déplacement dans un canot récemment construit pour son oncle, Pierre Vacquerie, un ancien marin. Il va partir avec son oncle et le fils de celui-ci, âgé de 11 ans. Il va d’abord partir sans Léopoldine qui n’avait pas fini de s’habiller, mais ironie du sort, ils vont faire demi-tour très rapidement pour prendre des pierres afin de lester le bateau. Léopoldine qui avait terminé sa toilette insiste alors pour les accompagner. C’était un jour sans vent et ils mettront beaucoup de temps à arriver chez le notaire à Caudebec, juste à quelques kilomètres.

Pour le retour, le notaire va même leur proposer sa voiture à cheval pour que le retour ne soit pas trop long. Mais malheureusement, ils vont refuser.
Sur le chemin du retour, juste avant d’arriver à destination, un vent derrière une colline va frapper le petit bateau mal équilibré et va le renverser. Les quatre occupants tombent dans la Seine et probablement enchevêtrés dans la voile, resteront coincés. Léopoldine ne savait pas nager. Des témoins oculaires vont voir en vie Charles Vacquerie qui plongeait pour chercher sa femme au moins sept fois. Quand il a compris qu’il ne pourrait pas la sauver, il a peut-être préféré périr avec elle.

Vu du méandre où le vent a fait chavirer le canot

La mère de Charles Vacquerie, en se demandant pourquoi ils n’étaient pas rentrés, avait vu de loin le bateau couché sur le côté et a prévenu un autre pilote, mais il arrivera trop tard.
On retrouvera sur les berges les corps de Léopoldine, la robe déchirée – qui montre les efforts faits par son mari pour la sortir de l’eau – et celui de Pierre, capitaine du bateau et oncle de Charles. Le lendemain, ceux de Charles Vacquerie et d’Arthur, l’enfant de 11 ans. Les quatre occupants rentrent dans la maison d’où ils étaient sortis le matin en bateau en charrette funèbre.

La robe que portait Léopoldine le jour de sa mort

Les Vacquerie préviendront la famille Hugo, mais le patriarche Victor Hugo se trouvait en vacances dans les Pyrénées avec son amante Juliette Drouet. Il apprendra la mauvaise nouvelle sur son chemin de retour en lisant un journal dans un café à Rochefort. Il arrivera le 9 septembre à Paris, trop tard pour les funérailles de sa fille. Le regret de ce moment manqué le persécutera toute sa vie.

Léopoldine est ensevelie à Villequier dans le même cercueil que son mari, Charles ; unis dans la mort à jamais.

La famille est déchirée. Le deuil s’installe et la mère de Léopoldine gardera un vrai sanctuaire des affaires de sa fille à la maison. Sa sœur, déjà faible d’esprit, va être perturbée à vie par l’événement. Elle arrivera même au point de fréquenter le frère de Charles Vacquerie et dire qu’elle voulait être ensevelie avec lui à côté de Léopoldine.

Adèle Hugo à l’époque où elle était internée.

Son père écrira les plus beaux poèmes au sujet de la mort de sa fille comme le célèbre « Demain, dès l’aube ».

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Le vol de la Joconde

 

Aujourd’hui mardi 22 août on fête un anniversaire très spécial : la découverte du vol d’un tableau légendaire. C’était aussi un mardi, mais il y a 106 ans très exactement…

 

 

La découverte du vol de la Joconde

 

Le matin avant l’ouverture du Musée au public, le peintre Louis Béroud, peintre assermenté qui a déjà peint des scènes quotidiennes dans les galeries du Louvre, arrive pour pouvoir s’installer confortablement devant le tableau que serait le protagoniste de sa prochaine œuvre : la Joconde.
Mona Lisa avait été installé depuis quelque temps derrière une vitre et le peintre Louis Béroud avait eu l’idée de dessiner une parisienne qui regarde son reflet dans cette vitre.
En arrivant ce matin Béroud avec son assistant trouvent dans le mur un vide… Mona Lisa n’est pas là.
Ils se sont dit « bon, elle doit être partie dans l’atelier du photographe » et commence quand même à s’installer. Mais après avoir attendu, il commence à s’impatienter et demande qu’un gardien aille vérifier auprès du photographe (récemment la maison Braun avait été déclarée photographe officiel du Louvre).

Louis Béroud

Le gardien revient un peu étonné, la Joconde n’est pas à l’atelier de photographie et le personnel du Louvre va se renseigner auprès de l’administration. Quelque temps plus tard, après une infructueuse recherche, il faut se rendre à l’évidence… Le tableau a disparu !

Le directeur de Louvre Théophile Homolle est en vacances à ce moment(c’est bien le mois d’Août !) et on va chercher son remplaçant Monsieur Georges Bénédicte conservateur du musée. Dans un premier temps on va essayer de régler le problème en interne, mais après avoir regardé partout dans le Louvre il ne reste qu’une solution : appeler la police.

Louis Lépine

A midi on va appeler le préfet de Police Louis Lépine. Moins d’une heure plus tard le musée est envahi par 100 gendarmes et 60 inspecteurs, qui, pour rester discret, vont dire à la presse qu’il y a eu une rupture des canalisations. Le directeur du Louvre qui est obligé de rentrer de ses vacances dans les Vosges à toute vitesse va déclarer à la presse « Voler Mona Lisa ? ça équivaudrait à voler une tour de Notre-Dame ». Cela ne va pas durer très longtemps car quelques heures plus tard la nouvelle se répand : on a volé la Joconde !

L’enquête :

Le musée est fermé tous les lundis à cette époque et seul le personnel qui y travail peut être présent sur place.
Des maçons qui travaillent dans le bâtiment ont déclarés avoir vu la Joconde à 7h lundi matin, mais ils ne l’ont pas vu à 9h, sans s’inquiéter car ils pensaient que c’était les conservateurs qui avaient déplacés le tableau. On déduit qu’elle a été volée lundi entre 7h et 9h du matin.
Le cadre et la vitrine de protection sont retrouvés dans un escalier de service qui descend vers la cours des sphinx.

Le Louvre en 1911

Un homme qui travaille au Louvre comme plombier a vu un homme assis sur les dernières marches de cet escalier habillé en blouse blanche.
La poignée de la porte était cassée, on va la retrouver dans un fossé. Le jardinier avait vu qu’elle avait été jetée par un homme jeune qui marchait d’un pas rapide sur le quai en direction du carrousel.
Bertillon, le père de l’anthropométrie scientifique, a trouvé une empreinte du pouce dans la vitre abandonnée qui protégeait le tableau. Comme le crime semble lié au personnel du musée, on va prendre les empreintes des 257 personnes qui travaillent au Louvre. Mais impossible de trouver des correspondances.
D’importants personnages vont être interrogés comme le peintre Pablo Picasso et Guillaume Apollinaire qui va même être emprisonné puis libéré une semaine plus tard pour manque de preuves.
La police va convoquer les artisans de la société Gobier et tous se présentent pour être auditionné, sauf un Italien qui se nomme Perugguia. La police va décider d’aller chez lui et c’est comme ça qu’ils vont se retrouver à la maison du véritable voleur de tableau avec la Joconde cachée quelque part dans sa petite chambre à ce moment ! La police déclarera n’avoir rien trouvé chez lui et ils ne vont même pas considérer nécessaire de prendre ses empreintes.

Chambre de Vincenzo Peruggia

 

L’opinion publique

L’enquête se révèle inefficace, et beaucoup de critiques acides sont faites contre la police.
Le directeur de musée Théophile Homolle est forcé à démissionner de son poste.
Des critiques plus politiques voit la décadence du régime et même la main des Allemands comme coupables du vol.

Le tableau



On sait très peu chose de ce tableau, il va être peint probablement entre 1503 et 1506 et Leonardo va l’amener avec lui partout où il y va, et même à la fin de sa vie quand il vient en France pour travailler à la Cours de François Ier. Des récentes études prouvent qu’il aurait réalisé des retouches sur ce tableau jusqu’à la fin de sa vie quand il habitait déjà en France !
A différence d’autres tableaux cette peinture à l’huile a été faite sur un panneau de bois de peuplier de 77 × 53 cm.
Le tableau nous donne l’exemple le plus pure d’un technique laborieuse, le sfumato. C’est une technique qui donne un effet vaporeux et des contours imprécis qui, dans ce tableau, est d’une perfection telle que les spécialistes s’interrogent toujours comment elle a pu être réalisée, car aucune trace de pinceau n’est visible et la lumière se mélange parfaitement à l’obscurité. On ne connait pas le type de pigments, la texture des peintures utilisées, le nombres de couches, le temps de réalisation, s’il s’agit de petits coups de pinceau ou s’il est fait aux doigts… toutes les interrogations restent ouvertes.

Mona Lisa aux rayons X où l’on peut bien remarquer l’absence des contours

La modèle du tableau la plus acceptée est la florentine Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo. C’est l’hypothèse de Giorgio Vasari qui a écrit une petite biographie du peintre dans son traité « Le Vite ». Mais la commande n’a jamais été remise à son commanditaire le mari banquier de la présumée modèle.
Un autre texte est écrit par Antonio de Beatis, secrétaire de voyage du Cardinal Louis d’Aragon, qui aurait visité Leonardo Da Vinci dans son Manoir du Clos Lucé. Il parle des trois tableaux que Leonardo avait avec lui et qu’il leur a présenté. Il mentionne le portrait d’une dame florentine réalisé sur le vif à la demande de Julien de Médicis, saint Jean Batiste et une vierge à l’enfant sur les genoux de sainte Anne. Aucun tableau commandé par Francesco del Giocondo n’est mentionné dans ce récit.
Leonardo Da Vinci entre au service de Julien de Médicis (le fils de Laurent le magnifique) au Vatican en 1513. L’hypothèse de la commande par ce noble amène une version bien curieuse ; Leonardo devra réaliser une commande très spéciale pour son fils Illégitime, le cardinal Ippolito de Medicis, qui devrait représenter le portrait d’une mère, car la mère de ce dernier était morte en couche. Leonardo lui aussi était fils illégitime et il ne serait certainement pas resté insensible à une telle commande. Julien meurt avant que le tableau soit achevé, ce qui pourrait expliquer que Leonardo avait pu le garder.
D’autres théories affirment que le model pour le tableau était Salai, comme il l’avait été pour le Saint Jean Batiste ou encore Leonard Da Vinci Lui-même…

Elle va être acheté pour une somme astronomique par le roi François Ier aux héritiers de Da Vinci et ensuite, tous les rois de France vont l’avoir dans leur galerie comme un bien très précieux.
Elle va être protégée par les révolutionnaires et Napoléon premier va l’accrocher dans sa propre chambre aux Tulleries où il s’amuse avec ses valets de chambre en le saluant « Bonjour Madame Lisa ».
Le tableau était déjà à son époque très apprécié, et de nombreux peintres vont réaliser des copies, même contemporaines au tableau.

La Joconde réapparait à Florence

Le voleur attendait patiemment que l’affaire se calme et il arriva un jour où il partit de Paris, en disant à ses amis qu’il rentrait en Italie et qu’il avait quelque chose d’important à faire qui allait lui apporter la fortune.
Il rencontra l’antiquaire Aldredo Geri qui avait mis une annonce dans un journal pour acheter des œuvres d’art. Il lui avait écrit pour le rencontrer et lors de leur premier entretien, Peruggia dit qu’il voulait 500.000 lires (c’était l’équivalent à 100.000 dollars de l’époque !) en échange du tableau. Geri ayant prévenu la police, Peruggia est arrêté dans la chambre de son hôtel.

Chambre de Peruggia à Florence (+)

Les faits racontés par Son Voleur

En se réveillant à 6h le lundi 21 août, il s’est dit que ce jour serait parfait pour aller accomplir cette étrange idée que tournait dans sa tête depuis quelque temps : voler un chef d’œuvre italien au Louvre. Il quitte sa chambre du 10eme arrondissement et se dirige à pied au Louvre où il ne travaille plus comme vitrier depuis 8 mois.
Il va arriver au Louvre vers 7h du matin et il porte sa blouse blanche de travail.
Il va rentrer au musée par la porte Jean Goujon qui se trouve face à la Seine et il va traverser facilement le Louvre qui lors des jours de fermeture comme ce lundi, ne disposait que de 12 gardiens.
Il n’était pas sûr de vouloir prendre la Joconde car il y avait dans le salon carré d’autres chefs-d’œuvre Italiens mais il semble s’être décidé sur le moment, probablement pour la petite taille du tableau.


Il décroche sans grande difficulté le tableau et part du salon carré jusqu’à une porte de service située dans le même salon où de nos jours se trouve la Joconde. A cet endroit-là il dépose le tableau à côté des copies entreposées sur le sol à mi- palier et descend pour essayer de trouver une sortie.
La porte en bas était fermée à clef et à l’aide d’un tournevis il va essayer d’ouvrir et il va démonter la poignée. Un plombier va descendre les escaliers à ce moment et Peruggia reste assis. En remarquant que la poignée est cassée il va lui demander s’il sait pourquoi, mais Peruggia répond avec sang-froid « je ne sais pas ». Le plombier repart alors et referme la porte derrière lui avec sa clef.

Il se rend compte qu’il est enfermé et revient au palier, démonte le cadre de la Joconde, cache le tableau avec sa veste blanche et ressort par le même endroit où il est rentré. Il prend un bus dans la rue mais redescend aussitôt car le bus n’allait pas dans la bonne direction. Il prendra ensuite un fiacre qui le ramènera chez lui.

Le procès

Il va déclarer lors de son procès avoir été complètement motivé par des causes nationalistes.
Il sera déclaré comme « faible d’esprit » par une analyse psychiatrique, et ne sera condamné qu’à 1 an et 15 jours de prison.
Malgré le fait qu’il avait déjà essayé de le vendre en Angleterre l’année précédente – ce qu’il niera lors du procès – et qu’il avait demandé une grande somme d’argent à l’antiquaire italien, la version de son psychiatre le donnant comme irresponsable de ses actes, s’est imposé. Sa peine fut à posteriori réduite à 7 mois et 8 jours.

 

Vincenzo Peruggia :



Il avait commencé a travailler très jeune et avait émigré en France. Son métier était peintre en bâtiments ; métier qu’il a dû arrêter pour une trop grande exposition au plomb et être tombé malade de saturnisme. Nous savons de nos jours que cette maladie peut être responsable de troubles mentaux et est propice à la criminalité.
A cause de son origine italienne, il va devoir supporter dès son arrivée en France des insultes et des traitement xénophobes dans son entourage, ce qui va l’affecter profondément.
Il avait un casier judiciaire car il avait fait l’objet de deux condamnations : l’une pour agression sur une femme, et l’autre étant une tentative de vol de matériaux sur la voie publique. Il avait eu aussi d’autres problèmes pour port d’armes non autorisé et des titres de séjour non en règle.
Il travaillera pour la société A. Gobier. A cause de problèmes dans la sécurité des musées, on décide d’installer au Louvre des verres pour protéger les œuvres les plus importantes, et c’est la société Gobier qui va s’occuper. Le musée confie la mise sous verre de 1600 chefs-d’œuvre et Vincenzo serait l’un de 5 hommes en charge de couper et polir le verre.
Pendant ses travaux au Louvre il découvre avec surprise la quantité d’œuvres de son pays natal et il va associer ça avec la campagne napoléonienne qui spoliait les pays conquis. Il développe une étrange idée : Si j’arrive à apporter un de ces tableaux en Italie, ça serait un acte patriotique envers mon pays.
Peu après sa sortie de prison, il se fera embaucher par l’armée italienne pendant la première guerre mondiale et se fait capturer par les autrichiens qui vont le garder pendant 2 ans. Après la guerre, comme il n’y a pas de travail en Italie, il va retourner à Paris.
Plus tard, Il amènera sa jeune épouse au Louvre pour le montrer le tableau qu’il avait volé sans la moindre peur d’être reconnu.
Il meurt le 8 octobre 1925 (le jour de son anniversaire) ; il allait fêter son anniversaire avec sa fille d’un an quand il est mort foudroyé par un infarctus.

Rencontre avec un bouquiniste

 

Aujourd’hui l’Inconnue de la Seine veut vous rapprocher de l’un de métiers le plus représentatif de la ville de Paris : les bouquinistes. Ces marchands de livres anciens et d’occasion dans cette magnifique librairie à ciel ouvert unique au monde qui fait maintenant partie du paysage. La tradition des bouquinistes débute aux alentours du XVIe siècle avec des petits marchands colporteurs. Leur métier va évoluer et ils vont notablement se répandre énormément grâce à l’aménagement du quai de la Seine par Napoléon 1er. C’est au début du XXème siècle que des concessions sont mises en place par la ville de Paris et les bouquinistes peuvent s’établir à des points fixes. Inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011, ils font le plaisir des promeneurs et touristes.

Pour bien connaitre leur métier, rien de mieux pour l’Inconnue de la Seine que d’avoir pu parler avec l’un d’entre eux qui exerce le métier depuis plus de 30 ans et qui a plein de choses à nous raconter… Monsieur Jean-Pierre Mathias, bouquiniste professionnel !

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?
J’étais prof de philosophie dans le centre de la France et quand je suis venu à Paris j’étais fasciné par ces petites boutiques. Même si au début j’étais directeur d’un service administratif dans une mairie, je me suis finalement rendu compte que ce que je voulais faire dans cette ville, c’était être bouquiniste. L’univers du livre m’intéresse parce que c’était mon instrument de travail en tant que professeur. De plus, l’attribution des boites sur les quais dépend des services de la marie et j’ai trouvé que ça serait très intéressant de faire la jonction entre le deux. J’ai également choisi ce métier parce que j’aime bien vivre dehors et raconter des histoires à ceux qui veulent m’écouter.

Alors votre ancien métier de professeur ne vous manque plus ?

Je vends des livres de philosophie, psychologie, droit… Tout ça a fait partie de ma formation initiale, je peux donc transmettre mes connaissances à travers la vente des livres et en même temps j’apprends aussi des clients qui m’enseignent aussi des choses, c’est donc un vrai partage.

Qu’est-ce que vous considérez de mieux dans votre métier ?

Je suis un type du midi qui adore être dehors et quand je me suis retrouvé au début de ma carrière à Châteauroux avec un temps gris à l’intérieur d’une classe, j’ai trouvé que ce n’était pas la meilleure façon d’enseigner la philosophie… trop éloigné des places publiques… Aussi parce que j’ai considéré qu’être bouquiniste c’est la meilleure façon d’avoir des contacts avec les gens, bien plus facilement je trouve que dans une librairie classique et je pense aussi que c’est bien mieux que tous les médias informatiques (Amazon, etc.). Je pense que les gens ont besoin d’avoir un contact plus réel et moi je suis là pour tous ceux qui ont besoin de parler, car moi j’adore aussi cela, et c’est comme ça que j’ai eu des rencontres extraordinaires.

Qu’est-ce que vous considérez de pire dans votre métier ?

Le pire c’est la grande rivalité avec les tablettes et toute la digitalisation qui a diminué l’importance du livre pour les gens.
L’autre problème du bouquiniste, c’est le tourisme de masse, avec des gens qui sont pressé, qui veulent tout voir d’un coup et que n’ont pas le temps pour flâner ou discuter. Ce type de touriste préfère acheter des petites tours Eiffel plutôt qu’un livre de poche. C’est ce qui a provoqué le changement du type de marchandise. Même si moi je reste fidèle à vendre du papier et des gravures originales.
Moi volontairement je refuse de vendre d’autres choses que des images et des livres et c’est une contrainte financière car on est quand même dans une impasse. Mais vendre des autres objets ça ne m’intéresse pas, je suis bouquiniste, et dans bouquiniste, il y a « bouquin ».

D’où viennent les livres ?

Auparavant, il y avait des gens qui nous proposaient des livres. Mais on a de moins en moins de livres achetés de cette façon parce qu’ils vont essayer de les vendre sur Internet, ou chez Gilbert Jeune… et quand ils n’ont pas réussi à vendre ni sur l’un, ni sur l’autre, ils viennent nous voir. Mais la plupart du temps ça ne m’intéresse pas parce que ce sont des livres que ne sont pas vendables.
De plus, comme les vendeurs ont de difficulté à se garer, ils vont vendre plus facilement à ceux qui sont premiers dans les quais.

Il y a aussi les salles des ventes, les marchés privés, des particuliers que vendent leurs bibliothèques, des courtiers spécialisés dans un domaine, les chineurs, et il y a même des types qui font les poubelles (surtout celles de Gilbert Jeune) qui nous vendent des livres.

Avez-vous une réserve de livres ou tout est dans votre boite ?

On a tous une réserve, on ne peut pas tout étaler ! J’en étale environs 2000 et je dois en avoir 15000 en réserve.

Quel est le livre ou l’objet le plus précieux que vous avez dû vendre ?

J’ai vraiment mal au cœur de devoir vendre – parce que j’adore la musique – une édition originale de traité de musique de Rameau du XVIIIème siècle. C’était un compositeur révolutionnaire qui défendait l’importance de l’harmonie. Je devais partir en Asie, j’avais déjà acheté le voyage et j’ai dû vendre ce traité de musique à un courtier pour payer mon séjour de 2 mois là-bas.

Pourquoi travailler devant de la seine ?

Etre en face de la seine est extraordinaire. Depuis le moyen-âge la Seine servait à approvisionner. Elle donne un lieu de passage idéal pour la vente. En plus les imprimeurs étaient proches de l’eau dont ils avaient besoin pour fabriquer leur papier et par peur des incendies. Et aussi, ici au bord du fleuve on se sent plus en sécurité qu’au milieu des villes (cela est valable aussi de nous jours).
Les quais de la Seine sont classés par l’Unesco et nous les bouquinistes faisons maintenant partie du décor. L’évolution future serait de rendre les bords de Seine de plus en plus comme un lieu de plaisir à se promener pour profiter de cette voie royale… C’est le seul fleuve au monde qui traverse une bibliothèque !

Pour vous quel est l’avenir des bouquinistes ?

Moi je me bats pour l’avenir des bouquinistes, avec ma femme qui est la trésorière de l’association des bouquinistes (qui regroupe la plupart d’entre nous – 180 sur 250). Cette association organise des expositions, comme celle sur Sempé, la reliure, et les manuscrits arabes au Grand Palais.
Il y a une disparition des libraires et on pourrait dire qu’on fait partie du dernier rempart pour la défense du livre. Je pense que l’avenir de livre est compliqué, les gens ont de moins en moins d’espace à Paris, ils préfèrent des écrans plats plutôt qu’avoir une bibliothèque chez eux, et aussi on voyage plus… On est progressivement dans le déclin de la vente des livres à notre époque, c’est un peu la fin de un période, et même si je suis défenseur de la tradition de livre, j’essaye de m’adapter à mon époque et faire une concession ; vendre des gravures de mode…
Mais je reste relativement optimiste parce que le bouquiniste c’est une profession qui date du moyen-âge et qui a continué malgré les adversités, le censures, les menaces des libraires, les interdictions royales, …

Parisiens et flâneurs d’un jour, les bouquinistes sont en péril : Conservons-les à tout prix.
Ce sont des passionnés qui nous font découvrir des petits trésors au bord de la Seine.

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